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Manifeste fondateur

Depuis les débuts de l’ethnomusicologie française, et ce dès les premières années du XXe siècle, la recherche sur le domaine français offre à bon nombre de chercheurs l’occasion de faire leurs armes d’ethnologue ou d’ethnomusicologue en produisant des documents sonores d’archives de qualité et des travaux d’un haut niveau qui font référence. Les études folkloriques un peu balbutiantes d’autrefois ont rapidement laissé place à des problématiques à la pointe de la réflexion scientifique.

I.— Le constat

Malgré cela, ce n’est pas faire preuve d’un pessimisme exagéré que de dresser un constat préoccupant de la situation de la recherche, de l’édition et de l’enseignement en ethnomusicologie du « domaine français ».

Tout d’abord, la représentation du domaine de savoir à l’Université est largement insuffisante, même si elle est tributaire d’une situation générale qui concerne l’ethnomusicologie dans son ensemble. Sur les 13 universités françaises proposant des enseignements d’ethnomusicologie recensées par la Société Française d’Ethnomusicologie (SFE), seules trois disposent d’enseignants-chercheurs susceptibles de dispenser potentiellement des enseignements d’ethnomusicologie du domaine français et une seule d’ethnochoréologie de ce même domaine. Cela dit, à l’Université, c’est toute l’ethnomusicologie qui nécessite une véritable reconnaissance et un sérieux plan dedéveloppement : création de postes de Maîtres de conférences et de Professeurs, prise en compte de la spécialité par le CNU, vigilance accrue dans l’encadrement de certains travaux doctoraux et dans la représentativité de la discipline dans certains jurys de thèse, etc. D’autre part, il n’est pas inintéressant de constater que le soutien à l’ethnomusicologie, en France, et son enseignement dans les universités relèvent essentiellement d’un engagement important du Ministère de la Culture et non du Ministère délégué à l’Enseignement supérieur et à la Recherche. Cette lutte de longue haleine, portée par l’ensemble de la communauté scientifique, devrait permettre, à terme, de relancer une véritable politique de recherche et de formation, dans le domaine qui nous intéresse, mais également au bénéfice de recherches transversales et interdisciplinaires.

D’autre part, la forte perte d’influence du Musée National des Arts et Traditions Populaires comme institution motrice dans la recherche ethnomusicologique du domaine français ainsi que le changement de priorité des institutions pour l’ethnomusicologie de la France sont indéniables.

Par ailleurs, l’on ne peut que regretter l’absence de tout espace éditorial de qualité alors qu’un véritable lectorat existe. Les revues d’ethnomusicologie sont en nombre limité, ce qui réduit évidemment les potentialités d’édition. Les revues d’anthropologie sont assez peu ouvertes à l’ethnomusicologie. D’autre part, une ancienne habitude de l’ethnologie (et aussi de l’ethnomusicologie) tend à privilégier les terrains non français, voire non européens. Notre domaine cumule donc a priori les handicaps de la marginalisation. A cette carence éditoriale et académique s’ajoute l’absence formelle de tout espace d’échanges scientifiques, de réflexions et de propositions. La Société Française d’Ethnomusicologie joue en partie ce rôle mais la pluralité des domaines qu’elle fédère, et aussi une prédilection ontologique pour l’ethnomusicologie des lointains, font que la spécificité de notre domaine est annihilée (80% des membres de la SFE travaillent sur des terrains extra-européens).

Enfin, concernant le domaine français (et européen occidental en général), plusieurs facteurs régressifs, pour certains déjà assez anciens mais dont l’accélération actuelle est particulièrement notable, sont tellement patents que c’est toute une partie de la recherche ethnomusicologique qui se trouve remise en cause à la fois dans son objet et dans sa méthode.

En effet, dans de nombreux domaines (traditions instrumentales, vocales et chorégraphiques), la disparition de la génération d’informateurs nés au début du XXe siècle et rencontrés par les revivalistes dans les années 1970 et 1980 marque la fin d’un certain processus de pratique et de transmission et nécessite de repositionner les objectifs et les méthodes de cette recherche.

D’autre part, le secteur associatif, principal acteur (pour ne pas dire le seul) dans la grande campagne de collecte des décennies 1970 et 1980 connaît aujourd’hui un déclin très inquiétant, conséquence directe d’un désengagement manifeste de l’Etat et de l’émergence de nouvelles politiques culturelles à l’échelon des collectivités locales et territoriales, ne présentant aucune cohérence globale et faisant du champ patrimonial un objet politique et idéologique à forte lisibilité.

Pour autant, une certaine évolution — assez récente — ne peut que venir tempérer ce constat. Nous voulons parler tout d’abord du travail de fond accompli depuis la décennie 1970, dont l’analyse dans un premier temps et la valorisation dans un second temps commencent à porter leurs fruits depuis peu. Le choix d’une formation scientifique — et pour certains d’une carrière universitaire — d’un certain nombre de collecteurs et de chercheurs « revivalistes » est un paramètre d’importance dans la constitution progressive d’un champ disciplinaire scientifique. Dans ce processus, l’entrée de plusieurs de ces chercheurs à la SFE (depuis une dizaine d’années) est également un événement significatif. Enfin, la conscience, désormais effective, de l’histoire des collectes et de la recherche ethnomusicologique dans le domaine français permet de décloisonner la portée de l’ethnomusicologie revivaliste et de la recentrer dans l’émergence et la constitution progressive d’un champ disciplinaire dans sa globalité. D’autre part, ce fameux « domaine français » (historiquement la ruralité de la France métropolitaine) s’ouvre de plus en plus à des expressions musicales et chorégraphiques multiculturelles, communautaires ou non, dont les cadres sont plus largement urbains ou suburbains ; de même, les territoires d’outre-mer sont de plus en plus présents dans ce domaine ethnomusicologique. Parce que l’interculturalité est désormais une réalité, entre autres dans l’espace politique français, une certaine forme d’anthropologie dynamique vient très nettement se substituer de plus en plus à des formes plus classiques d’anthropologie sociale, culturelle ou structurale, venant, de la sorte, repositionner le questionnement épistémologique de la discipline.

II.— Les préconisations

Aujourd’hui, conscients à la fois des difficultés que traverse l’ethnomusicologie du domaine français mais aussi de ses formidables potentialités, conscients également que cette situation appelle un plan d’urgence de sauvetage et de réhabilitation, nous proposons de jeter les bases d’un groupement actif de chercheurs dans ce domaine disciplinaire dont le but sera d’en redéfinir les diverses approches épistémologiques et les divers contenus de programmes de recherche, d’oeuvrer au développement de son enseignement, d’en favoriser la diffusion par une politique suivie d’édition, de le réhabiliter au sein même de la communauté scientifique dans son ensemble et plus particulièrement de la communauté ethnomusicologique nationale et internationale, d’offrir un espace permanent de dialogue, de réflexion, d’interconnaissance entre des chercheurs souvent isolés, destiné à favoriser des projets collectifs interdisciplinaires.

Pour cela, nous envisageons :

  • la création d’une société scientifique regroupant des ethnomusicologues et ethnochoréologues dont les champs de recherche relèvent des traditions urbaines et rurales françaises, métropolitaines et d’outre-mer, et aussi de toutes les traditions issues de cultures autres, vivant et se développant dans quelque région française que ce soit ; l’inscription à terme de cette société comme centre de rechercheuniversitaire,
  • la création d’organes éditoriaux spécifiques (revue scientifique, éditions bibliographiques et discographiques),
  • le recensement des travaux universitaires (maîtrises, DEA, aujourd’hui masters,thèses) relatifs à ce domaine disciplinaire et des publications bibliographiques et discographiques d’ethnomusicologie du domaine français,
  • la tenue d’un colloque international, du 15 au 18 novembre 2006 à l’Université de Nice, dont la fonction sera de dresser un état des lieux sur les principaux points suivants :
    1. ethnomusicologie actuelle du domaine français,
    2. héritage scientifique de nos prédécesseurs et en particulier leur héritage documentaire,
    3. collectes et recherches revivalistes entreprises en France depuis le début des années 1970, tout en réfléchissant à une redéfinition des thèmes, des objectifs et des méthodes de recherche.

Nous pensons en effet qu’une certaine forme d’interdisciplinarité doit s’instaurer dans la recherche en ethnomusicologie de la France, intégrant, entre autres, les dimensions anthropologique et historique.

D’autre part, les formes musicales et chorégraphiques de cultures exogènes, tout comme leur éventuelle rencontre avec d’autres formes culturelles quelles qu’elles soient, constituent des terrains porteurs de sens, assez peu investigués et non menacés d’extinction.

Par ailleurs, le mouvement revivaliste, déjà vieux de trente-cinq ans, constitue en soi un terrain de recherche extrêmement fécond. Ce travail reste à faire et fera émerger des problématiques d’anthropologie culturelle et politique, de sociologie, de psychosociologie, etc. : le courant revivaliste, même s’il s’en défend, a fait des choix de réhabilitation et donc a fait acte de patrimonialisation. Or, les matériaux instrumentaux, musicaux (répertoires, styles, structures et formes) et chorégraphiques choisis ont été élevés au rang d’emblèmes, soit régionaux, soit d’un mouvement culturel et social. En tout état de cause, il y a construction de référents identitaires dont l’analyse anthropologique est sans doute riche d’enseignements aujourd’hui dans les sociétés complexes occidentales et bientôt dans d’autres sociétés en mutation de par le monde.

Enfin, au-delà de quelques rares formes musicales et chorégraphiques toujours actuelles, le matériau musical et chorégraphique traditionnel amassé est considérable et se prête désormais au champ interprétatif qui succède généralement à la description.

Or, ces études sont encore trop rares et notre domaine est encore trop méconnu.

A ce sujet, il y a urgence et priorité à traduire en anglais des travaux fondamentaux ou novateurs reflétant la modernité de notre discipline.

Faut-il rappeler les innombrables compétences acquises par un étudiant bénéficiant d’une solide formation à l’ethnomusicologie du domaine français ?

Outre une certaine accessibilité des terrains pour l’apprentissage de l’enquête, un grand nombre de problématiques peuvent être abordées tout en facilitant l’observation participante.

Cette modernité des problématiques présente un atout considérable et un domaine de recherches quasi inépuisable : musiques urbaines, identités régionales ou de communautés, mutations esthétiques, syncrétismes culturels contemporains ; effets directement observables de mondialisation, d’émancipation féminine dans les pratiques musicales ; émergences de nouvelles pratiques, interactions sociales et culturelles ; oralité des enseignements, développement de nouveaux modèles esthétiques, création de spectacles, de festivals, etc.

Enfin, les musiques dites traditionnelles en France sont une réalité vivante du paysage contemporain. Plus accessibles et mieux diffusés, les fruits des nombreux travaux des ethnomusicologues du domaine français devraient permettre de nourrir les pratiques actuelles tant dans l'accès à des sources documentaires fiables que dans la mise à disposition des concepts scientifiques permettant de construire des discours en cohérence avec les pratiques musicales et chorégraphiques actuelles.


Luc CHARLES-DOMINIQUE, Maître de conférences HDR en ethnomusicologie à l’Université de Nice-Sophia-Antipolis.

Yves DEFRANCE, Ethnomusicologue, HDR, Président de la Société française d’ethnomusicologie.

MANIFESTE EN FAVEUR D’UNE RECONNAISSANCE DE L’ETHNOMUSICOLOGIE DE LA FRANCE

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