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"Sources, Archives et Histoire Institutionnelle de l'Ethnomusicologie de la France"

Programme de recherches SAHIEF (iiAC-LAHIC, CNRS-MCC-EHESS)

Ce programme de recherches SAHIEF sera surtout centré sur le « moment ATP », qui se situe entre la séquence romantique puis folklorique et la séquence revivaliste.

 

Avec l'ouverture en 1937 à Paris du musée de l'Homme et du musée national des Arts et traditions populaires (MNATP), l'ethnologie bénéficie d'une véritable reconnaissance que le musée d'ethnographie du Trocadéro, dont ils héritent des collections, avait vainement tenté de faire valoir au plan institutionnel.

Aujourd'hui, ces deux grandes institutions ont fermé et leurs collections ont été attribuées au musée du quai Branly à Paris et au musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée à Marseille. Leur archives administratives et scientifiques, confiées pour l'essentiel aux Archives nationales, représentent une source essentielle dont l'étude peut nous permettre de comprendre comment, dans une période qu'il est possible de situer entre le début des années 1930 et la fin des années 1990, cette discipline, et notamment sa branche consacrée à la musique, vont se développer grâce à l'assise institutionnelle dont elles bénéficient et qui contribue à leur professionnalisation et à leur structuration.

Cette période se caractérise d'abord, alors que la puissance coloniale des grands pays européens, dont la France, est à son zénith, par un accès facilité à de nouveaux terrains que les moyens de transport rapprochent et que l'administration coloniale sécurise. Les chercheurs peuvent désormais se rendre par eux-mêmes à la rencontre de cet Autre, si différent physiquement et culturellement, dont l'existence avait pu prendre corps jadis grâce aux récits des marins, grâce aussi aux témoins matériels rapportés par les explorateurs. L'importance croissante de ces objets avait d'ailleurs été l'un des éléments jouant en faveur de la création du musée d'ethnographie. Mais c'est surtout une rupture épistémologique qui se produit et qui clôt l'époque durant laquelle le folklore s'était imposé, en Europe, comme science des savoirs populaires. Les folkloristes cessent de considérer les paysans comme les derniers témoins d'une tradition "nationale" multiséculaire dont la quête avait constitué le point de départ de la démarche des Romantiques qui les avaient précédés, démarche que l'on peut qualifier d'archéologique et où la chanson, expression supposée de la mémoire collective, avait occupé toute la place (cf. l'enquête Fortoul, 1853). Désormais les "ethnologues" – car le virage épistémologique instaure une nouvelle dénomination professionnelle – , prennent en compte l'ensemble des mécanismes qui régissent la vie sociale et culturelle d'un groupe donné, autant que ses productions tangibles et intangibles. La tradition, héritage culturel, n'est qu'une des composantes de la société, qu'il importe certes d'étudier quand on constate, comme c'est alors le cas, que les pratiques qu'elle fonde s’essoufflent ; pour autant, elle ne définit pas à elle seule l'identité culturelle, qui se révèle bien plus complexe.

Pour les "conservateurs-chercheurs" du musée de l'Homme et du MNATP, ces deux "muséeslaboratoires" suivant l'expression de Georges Henri Rivière, qui s'intéressent, les uns, aux terrains lointains, les autres, à la métropole, le recueil des données ne s'inscrit pas uniquement dans le cadre méthodologique de la recherche scientifique. Il est aussi pensé en parallèle comme complément presque systématique de la collecte d'objets muséographiques. Parmi eux, des objets immatériels dont l'évolution des techniques rend désormais possible la captation : photographies, enregistrements sonores et films. C'est d'ailleurs en grande partie grâce à l'invention de l'enregistrement – né à la fin du XIXe siècle, il restait à perfectionner avant d'être généralisé –, que la musique cesse d'être un objet insaisissable pour devenir, au début des années 1930, un sujet d'étude à part entière pour des chercheurs initialement formés à la musicologie et qui se désigneront "ethnomusicologues" quelque 20 ans plus tard.

Parmi ces ethnomusicologues, et pour se limiter au domaine français qui nous intéresse ici, Claudie Marcel-Dubois (1913-1989) et Maguy Pichonnet-Andral (1926-2004). Entrée au musée d'ethnographie en 1934, Claudie Marcel-Dubois effectue à la demande de Rivière, futur directeur du MNATP, des recherches dans le domaine du folklore musical, selon le terme encore en usage. En 1937, Rivière lui confie la charge d'organiser le secteur "musique" du nouveau musée. En 1939, elle effectue un premier terrain en Basse-Bretagne, suivi, après guerre, par bien d'autres, tous menés avec sa collaboratrice Maguy Andral qui, après sa retraite en 1981, lui succédera à la tête du département d'ethnomusicologie. Elles mèneront ensemble leur dernier terrain en 1986, à quelques mois du départ à la retraite de Maguy Andral.

Au cours de leur double carrière qui couvre presque un demi-siècle, Claudie Marcel-Dubois et Maguy Andral ont véritablement fondé puis structuré la discipline pour le domaine français, sans cesser d'entretenir d'étroites relations avec leurs collègues du musée de l'Homme. Elles ont effectué une soixantaine de missions en France métropolitaine puis dans des territoires francophones (Antilles françaises, Mascareignes mais aussi Louisiane, Canada français et îles anglo-normandes). Leurs enquêtes, ainsi que celles de leurs rares collaborateur/trice/s, ont fourni l'occasion d'effectuer de nombreux enregistrements pour la phonothèque du musée, d'acquérir bien souvent des instruments de musique et de produire dans tous les cas des documents contextuels, écrits (correspondances préparatoires, carnets et notes de terrain, transcriptions des paroles et des timbres collectés, rapports, etc.), photographiques et plus rarement cinématographiques. La très grande majorité de ces documents d'enquête est restée inédite. Il importe donc aujourd'hui de prendre la mesure d’une entreprise aussi systématique, qu'il s'agisse de ses pré-requis méthodologiques ou de ses résultats, d’autant qu’elle s'est déployée en situation de monopole, du moins jusqu'au début des années 1970 marquées par l'émergence du mouvement "folk" dont nombre d'acteurs manifestent alors le souhait d'accéder aux enregistrements ethnomusicologiques du MNATP. 

Le refus qui leur est opposé mais aussi la possibilité d'acquérir des appareils à enregistrer bon marché les incitent à entreprendre eux-mêmes des collectages systématiques puis à fonder, pour les conserver, des centres de documentation associatifs tels que le Conservatoire occitan de Toulouse, Dastum pour la Bretagne ou l'UPCP-Métive pour le Poitou. Cette génération de musiciens chercheurs se déploie dans un paysage social et musical profondément transformé par la disparition de la société paysanne traditionnelle. Déjà, dans certains terroirs, les chercheurs du MNATP eux-mêmes n'avaient pu récolter que des fragments mémoriels. Avec l'alternance de 1981, un nouveau tournant s'esquisse grâce à l'appui marqué qu'apporte le ministère de la Culture à la reconnaissance institutionnelle du secteur : il se caractérise notamment par le soutien financier de l'Etat aux principales associations et par l'introduction des musiques traditionnelles dans les établissements publics d'enseignement artistique (conservatoires, écoles de musique).

 

Inscrit dans ce contexte évolutif, le programme de recherche SAHIEF sera surtout centré sur le « moment ATP », qui se situe entre la séquence romantique puis folklorique et la séquence revivaliste. Ce moment est demeuré jusqu'à présent peu investigué, principalement parce que les chercheures du musée, première institution, historiquement et symboliquement, de l'ethnomusicologie de la France, ont longtemps maintenu la mise à distance des "profanes", alors même qu'elles avait amassé un matériau documentaire extrêmement riche pour l'ensemble de l'aire géo-culturelle qu'elles ont arpentée.

Le travail se fondera donc principalement sur l'exploitation systématique des enquêtes effectuées par Claudie Marcel-Dubois, Maguy Pichonnet-Andral et leurs collaborateurs, enquêtes dont les archives sont aujourd'hui, pour l’essentiel, conservées par les Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine et à Fontainebleau. La démarche consistera à évaluer le fonds d’archives et à engager, sur la base de cette évaluation, l'édition scientifique des enquêtes, dans la lignée des deux publications déjà effectuées sur les missions en Basse-Bretagne de 1939 et en Haute-Loire de 1946, parues respectivement en 2009 (co-édition CTHS-Dastum) et 2013 (co-édition CTHS-Amta).

Les nouvelles publications projetées, en rendant accessibles des enquêtes restées trop longtemps inédites, poursuivront un triple but : restituer un matériau musical de premier ordre intéressant de nombreux praticiens des musiques et danses traditionnelles, documenter et contextualiser historiquement l'ethnographie des musiques traditionnelles, éclairer institutionnellement mais aussi sur le plan épistémologique la construction de l'ethnomusicologie du domaine français comme champ disciplinaire autonome.

Le programme cherchera aussi à mettre en évidence les mécanismes qui ont conduit les pouvoir publics à tout d'abord prendre en compte puis à prendre en charge les musiques populaires rurales de tradition orale par divers modes de légitimation, de l'enquête lancée en 1853 par le ministre de l'instruction publique, Fortoul, à l'instauration, par le ministère de la Culture en 1987, d'un diplôme d'enseignement des musiques traditionnelles, et à se détourner parallèlement des autres musiques populaires, ancrées en milieu urbain. Cela nous amènera à interroger les processus de patrimonialisation qui se déploient autour de ces musiques fortement liées à l'identité et à la diversité culturelles, comme en témoigne déjà l'inscription au patrimoine culturel immatériel de l'humanité du cantu in paghella corse (liste de sauvegarde de l'Unesco) et du fest-noz breton (liste représentative).

Toutes ces questions seront abordées et discutées dans le cadre d'un cycle de conférences dont les premières séances se tiendront au cours du second semestre de l'année universitaire 2014-2015.

 

Le programme de recherche comportera enfin deux chantiers connexes.

Le premier portera sur les instruments de musique collectés dans le cadre des enquêtes ethnomusicologiques effectuées par les chercheurs du MNATP. Avant que ne soit possible – et dès lors entrepris de manière systématique – l'enregistrement de la musique, l'orientation épistémologique de l'ethnomusicologie a reposé sur l'instrument, seul objet tangible de celle-ci. Au delà de leur statut d'objets de collections qui, en soi, mérite la réalisation d'un catalogue, les instruments ont ainsi représenté pour les chercheurs qui les ont collectés un véritable objet d'étude dans un domaine de tradition orale où l'objet matériel est le résultat d'un ensemble de savoir-faire liés à la pratique et à la facture. Ils nous éclairent ainsi sur les connaissances organologiques dans le domaine français. La preuve en est leur usage muséographique dans le nouveau siège du MNATP, inauguré au milieu des années 1970, où ils ont permis de construire les vitrines "musique et société" (galerie culturelle) et "typologie et facture instrumentale" (galerie d'étude).

Le second chantier consistera en une prosopographie des collecteurs des musiques et danses traditionnelles en activité à partir des années 1940. S'inscrivant chronologiquement et méthodologiquement dans le prolongement des études conduites par le groupement de chercheurs européens à l'origine de la base de données Bérose, l'enquête amplifiera et systématisera les premiers travaux de chercheurs associatifs portés par la Fédération des associations de musiques et danses traditionnelles ; elle permettra de situer l'action des ethnomusicologues du MNATP dans un mouvement scientifique, social et culturel plus large et dans une chronologie où les décennies 1970-1990 occupent une place majeure, par l'ampleur des collectes réalisées mais aussi par la mise en cause de la recherche institutionnelle et la promotion d'une pratique "amateur" de l'enquête de terrain, conduite par des musiciens à la recherche d'un matériau appelé à féconder leurs processus créateurs. La prosopographie poursuivra l'objectif classique d'une mise en évidence des profils et des parcours sociaux, mais aussi artistiques et intellectuels, entre lesquels se répartissent les collecteurs.

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Responsables du programme :

François GASNAULT, archiviste et historien

Marie-Barbara LE GONIDEC, ethnomusicologue

 

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